Madagascar est une le qui n'est pas epargnee par les catastrophes naturelles, notamment les cyclones. En effet, elle est situee dans le bassin cyclonique du sud-ouest de l'ocean Indien, une region de l'ocean Indien o les cyclones tropicaux se forment et se developpent.
Madagascar a connu 69 cyclones entre 1912 et 2022, bien que les cyclones aient exerce une pression sur l'le depuis bien plus longtemps - les estimations varient de quelques centaines plus de milliers d'annees. Cette exposition regulire a cree un environnement particulirement rude et imprevisible.
Madagascar est egalement le seul endroit au monde o l'on trouve naturellement des lemuriens, un groupe de primates. Il abrite plus de 100 espces de lemuriens.
En raison des menaces permanentes liees aux catastrophes naturelles, la chasse et la deforestation, les lemuriens constituent le groupe de mammifres le plus menace au monde. Selon l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), 98 % des espces de lemuriens sont menacees d'extinction, dont 31 % sont en danger critique d'extinction.
Il est donc important de comprendre les menaces futures qui psent sur les lemuriens afin de les proteger.
Les lemuriens sont singuliers parmi les primates. Ils presentent plus de particularites associees la vie dans un environnement expose aux catastrophes. Par exemple, trs peu d'espces dependent d'un regime alimentaire base de fruits, qui est l'un des premiers aliments disparatre aprs un cyclone. Plus de la moitie des espces de lemuriens dependent des feuilles comme principal aliment.
Ils presentent egalement des comportements de conservation de l'energie, notamment l'hibernation et la torpeur, une periode d'inactivite plus courte caracterisee par une temperature corporelle et un taux metabolique plus faibles.
On a longtemps cru que ces comportements etaient le resultat des cyclones frequents Madagascar. Vivre dans un environnement imprevisible sur plusieurs generations peut conduire ce que certaines caracteristiques soient benefiques pour la survie. Certaines adaptations evolutives peuvent se produire en quelques decennies, d'autres peuvent se former sur des milliers d'annees.
Cependant, il existe des variations entre les espces pour ces caracteristiques et, ce jour, personne n'a verifie si les caracteristiques comportementales uniques des lemuriens sont effectivement plus frequentes chez les espces qui ont connu davantage de cyclones, ou s'il existe une autre explication. Nos recherches visaient clarifier ce point.
Dans notre etude, mes collgues et moi n'avons trouve aucun lien entre l'impact des cyclones et la resilience des lemuriens. Nous avons cependant trouve un lien positif entre l'impact des cyclones et la taille du corps. Cela suggre que plus une espce de lemurien est affectee par les cyclones, plus elle est petite.
Compte tenu de l'augmentation des catastrophes au niveau mondial, ce type de travail nous permet de mieux comprendre les espces les plus et les moins resilientes, afin de preparer les efforts de conservation l'avenir.
Mes recherches portent sur la manire dont les animaux, en particulier les primates, reagissent la menace du changement climatique et l'exposition aux catastrophes. Des travaux anterieurs que mes collgues et moi avons menes sur les singes hurleurs ont montre que l'exposition historique aux ouragans etait etroitement liee l'evolution des adaptations comportementales, telles que la taille reduite des groupes et les comportements d'economie d'energie.
Nous avons entrepris de concevoir une etude specifique pour les lemuriens. Nous voulions determiner si la variation des traits comportementaux chez les lemuriens pouvait s'expliquer par la variation de l'exposition aux cyclones travers l'le.
Pour mener cette recherche, nous avons d'abord realise une carte montrant comment les cyclones affectent differentes parties de Madagascar. Nous avons utilise les conditions meteorologiques, les trajectoires passees des cyclones, la force des cyclones et la quantite de pluie qu'ils ont apportee. Les donnees utilisees pour cela proviennent des 58 dernires annees, qui sont les donnees disponibles, bien que Madagascar ait ete frappee par des cyclones sur une periode beaucoup plus longue.
Nous avons ensuite place une carte de la repartition geographique des lemuriens sur notre carte des cyclones pour voir dans quelle mesure les cyclones affectent l'habitat de chaque espce de lemurien. Notre etude a porte sur les 26 espces pour lesquelles suffisamment de donnees ont ete publiees pour pouvoir determiner leurs caracteristiques comportementales globales.
Pour chacune de ces espces, nous avons mis en place un score de resilience . Pour cela, chaque espce obtient un point pour chaque trait comportemental qui est associe .la vie dans une zone sujette aux cyclones. Par exemple, une espce qui hiberne obtient un point et une espce qui ne le fait pas obtient 0 point. Les traits de resilience que nous avons utilises comprenaient : les comportements economes en energie, l'utilisation de l'habitat et la taille du groupe. Il y a egalement les fruits dans l'alimentation, la taille du domaine vital, l'aire de repartition geographique et la taille du corps.
Nous avons ensuite additionne le score de tous les traits de resilience et compare le score de resilience de chaque espce avec le score de cyclones de leur aire de repartition. Cela nous a permis de voir si les espces des zones fort impact avaient une plus grande resilience. Si tel etait le cas, cela suggererait fortement que les traits de resilience ont evolue pour s'adapter aux cyclones frequents.
Nos resultats n'ont revele aucune relation entre l'impact des cyclones et le score global de resilience. Cela peut s'expliquer par le fait que les donnees historiques sur les cyclones auxquelles nous avons eu accs ne couvrent que les 58 dernires annees. Il se peut que cela ne soit pas un indicateur precis de l'activite cyclonique plus long terme associee aux adaptations evolutives.
Il se pourrait egalement que les caracteristiques liees la resilience aux cyclones aient dej existe chez le dernier anctre commun des lemuriens en raison des changements environnementaux rapides sur le continent africain. Des recherches recentes suggrent que cet anctre a quitte l'Afrique pour Madagascar sur des radeaux de vegetation flottante. Ces caracteristiques auraient pu l'aider survivre au voyage. On les retrouve egalement chez d'autres espces sauvages qui auraient effectue le mme periple pour rejoindre leurs habitats insulaires, ce qui aurait pu tre crucial pour la colonisation des les.
Bien que les scores de resilience globaux n'aient pas ete associes l'impact des cyclones, nous avons constate que les espces de lemuriens de plus petite taille subissaient des impacts plus importants. Il a ete constate que le nord-est de l'le connaissait une activite cyclonique plus importante que le sud-ouest. Cela concorde avec des recherches anterieures qui suggrent que les primates de plus grande taille, qui ont besoin de plus de nourriture et d'espace et se reproduisent plus lentement, sont moins resistants et plus susceptibles de mourir aprs une perturbation de leur habitat.
Notre etude a ete la premire tenter de trouver un lien quantitatif entre l'exposition aux cyclones et l'evolution des adaptations comportementales chez les lemuriens, et la deuxime seulement le faire chez les primates.
Bien que les resultats n'aient pas montre de lien avec la resilience globale, ils ont fourni un modle pour des etudes futures visant explorer le concept sur d'autres primates l'echelle mondiale. L'etude propose egalement une grille d'impact des cyclones qui pourrait tre utilisee pour evaluer les impacts sur d'autres espces sauvages Madagascar.
De plus, nos travaux ont mis en evidence l'importance de la taille corporelle en tant que facteur associe une moindre resilience aux catastrophes.
Ces recherches nous aident mieux comprendre comment les espces ont reagi aux cyclones dans le passe, ce qui nous permet de mieux comprendre les types de flexibilite comportementale necessaires pour survivre de graves changements environnementaux. Cela ameliore ensuite notre capacite prevoir les effets des evenements futurs et en attenuer les impacts grce une conservation plus efficace et plus ciblee. Cette approche est particulirement pertinente pour les ecosystmes insulaires, comme Madagascar, o les espces endemiques sont confinees.













