Les maladies renales, qui peuvent evoluer vers une insuffisance renale, touchent de manire disproportionnee plus de Noirs que de Blancs. Ainsi, le cot des soins lies aux maladies renales pse lourdement sur les Noirs travers le monde.
Aux Etats-Unis, par exemple, bien que les Noirs ne soient que 13 14 % de la population totale, ils representent un tiers des patients atteints d'insuffisance renale terminale necessitant une dialyse ou une transplantation.
L'hypertension, le diabte et le VIH, qui provoquent egalement une insuffisance renale, ont tendance causer des lesions renales plus graves et une deterioration rapide chez les Noirs que chez les Blancs.
Pendant de nombreuses decennies, les chercheurs se sont interroges sur les raisons des ces disparites. Ce n'est qu'au cours des quinze dernires annees que les explications ont commence emerger. Des recherches ont montre que les Noirs ont une variation genetique qui protge l'organisme d'une maladie parasitaire appelee trypanosomiase ou maladie du sommeil. Cette maladie etait courante en Afrique de l'Ouest. Le gne incite le systme immunitaire produire une proteine qui dissout la membrane du parasite, l'eliminant ainsi.
Au fil du temps, le parasite a developpe une resistance aux effets de la variante du gne. Puis de nouvelles variantes ont emerge pour retablir l'immunite contre les nouvelles formes du parasite. Mais cette evolution presente un inconvenient : les individus porteurs de ces nouvelles variantes genetiques (appelees APOL1 G1 et G2) ont egalement un risque accru de developper une maladie renale.
Au cours des deux dernires decennies, il est apparu de plus en plus evident que ces variantes causent des lesions renales chez les Afro-Americains, mme s'ils ne sont pas diabetiques.
Cependant, jusqu' recemment, ce lien entre le gne et la maladie renale n'avait pas ete confirme ni decrit en detail chez les personnes vivant sur le continent africain, o la variante genetique a evolue pour la premire fois.
C'est precisement ce qu'a cherche etablir une etude qui a debute il y a plus de dix ans en Afrique, appelee Human Heredity and Health in Africa (H3Africa), par le Kidney Disease Research Network.
Dans le cadre de cet effort, notre etude recemment publiee a revele que le fait d'tre porteur de la variante APOL1 G1 ou G2 augmentait considerablement le risque de maladie renale par rapport aux personnes qui ne sont pas porteuses de ces variantes genetiques.
Cette decouverte pourrait ameliorer le depistage du risque de maladie renale, approfondir notre comprehension de leur impact sur les Ouest-Africains en particulier, et ouvrir de nouvelles perspectives de traitement.
La prevalence actuelle de la maladie renale est estimee 13,7 % au Nigeria et 28 % au Ghana.
Le Kidney Disease Research Network a reuni des chercheurs du Nigeria, du Ghana, d'Afrique du Sud, d'Ethiopie et du Kenya. L'un des objectifs de la recherche etait d'etudier et de decrire 8 000 cas-temoins, et de mener des etudes genetiques associees aux maladies renales. Plus de 40 chercheurs ont collabore au projet, notamment des nephrologues, des geneticiens, des statisticiens genetiques et biologistes.
L'etude a porte sur 8 355 participants au Ghana et au Nigeria, dont 4 712 atteints d'une maladie renale de gravite variable et 2 777 sans maladie renale. Des etudes genetiques approfondies et sophistiquees ont ete realisees sur les echantillons obtenus auprs des participants avec leur consentement.
Les variantes genetiques susceptibles de provoquer une maladie renale sont appelees APOL1 G1 ou G2. La variante qui ne provoque pas de maladie renale est appelee G0. Chaque individu peut tre porteur de differentes combinaisons de ces trois variantes.
Nous avons constate que les gnes APOL1 sont plus frequents au sein des populations d'Afrique de l'Ouest, notamment au Nigeria et au Ghana, que chez les populations d'autres regions d'Afrique.
Dans notre etude, 43 % (3 592) des participants ne presentaient qu'une seule des variantes, tandis que 29,7 % (2 481) des participants presentaient deux variantes d'APOL1. Les participants presentant deux variantes G1 ou G2 etaient plus susceptibles de souffrir d'une maladie renale chronique que ceux presentant une de ces variantes. Et les participants presentant une variante etaient plus susceptibles de souffrir d'une maladie renale chronique que ceux n'ayant aucune de ces variantes.
Notre etude a ainsi confirme ce qui a ete observe chez les personnes d'origine africaine aux Etats-Unis : l'origine genetique sous-tend le risque accru de developper une maladie renale chez les Africains noirs, quel que soit leur lieu de residence.
L'etude a etabli, pour la premire fois, un lien entre le gne APOL1 et la maladie renale chronique en Afrique subsaharienne.
Ces decouvertes ouvrent de nouvelles perspectives :
ameliorer la survie des patients ayant subi une transplantation renale en depistant les donneurs susceptibles d'tre porteurs des variantes haut risque;
developper des traitements cibles pour les individus presentant ces variantes genetiques haut risque.
Un nouveau medicament, l'Inaxaplin, qui inhibe la fonction de l'APOL1, reduit la proteinurie, un marqueur cle des maladies renales. Cette avancee ouvre la voie un traitement medicamenteux des maladies renales chroniques liees APOL1. Les etudes se poursuivent dans ce domaine.

















